di acinephilo

Aujourd’hui, lorsque l’on s’interroge sur les possibilités d’une révolution en Europe et ailleurs dans le monde, on se rend compte que la question devrait être posée différemment. En effet, il s’agit plus d’analyser, comprendre et sentir comment les conditions (économiques, politiques et esthétiques) préalables à l’éventualité d’une révolution structurent les rapports de force existants, que de savoir si la révolution sera l’effet le plus conséquent de l’espace actuel des équilibres. Il s’agit aussi de redéfinir la représentation classique des groupes sociaux (prolétariat = classe ouvrière = masse = multitude = esclave / patron = bourgeoisie = chef = capitaliste = maître), par le biais de catégories nouvelles ayant la capacité de maintenir l’intensité et la scientificité de la dichotomie « dirigeants / subalternes », tout en la considérant dans une perspective transnationale, planétaire, cohérente et adaptée à la critique du néocapitalisme contemporain. Quelles forces peuvent alors rapprocher les différences parmi bergers blancs, employés jaunes, cols bleus et noirs dans l’unité passionnelle de leur survivance politico-esthétique ? Lorsqu’un mouvement contestataire surgit pour revendiquer ses intérêts contre le démantèlement néolibéral des droits sociaux, ne faudrait-il se demander d’abord, en paraphrasant Antonio Gramsci : quel est le contenu social de la multitude en mouvement et quelle était la fonction de cette multitude dans l’équilibre instantané des puissances globales et transnationales, qui sont en train de métamorphoser, comme le surgissement du mouvement même le démontre ? Ensuite, quel est le sens, d’une part, politique et social et, d’autre part, esthétique et médiatique, des revendications présentées par les représentants du mouvement et à quelles exigences effectives correspondent-elles ? Quels sont les moyens employés et quel degré d’efficacité éventuelle peuvent-ils avoir à l’intérieur de cette lutte ? Par ailleurs, la possibilité qu’une force extérieure s’approprie cette lutte afin de servir ses propres fins de manière démagogique doit être supposée seulement à la fin du raisonnement et jamais au préalable. Or, tout cela n’aurait aucun sens si l’on n’avait pas conscience de la conventionalité historique, humaine de ces questions et de la nécessité de les adapter ultérieurement au contexte social et culturel de référence.

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